La saison du «pinkwashing» est ouverte – Libération

La journée mondiale de lutte contre l’homophobie, ce lundi, est l’occasion pour beaucoup d’arborer les couleurs du mouvement LGBTQ+. Une solidarité de façade utilisée par des institutions, marques ou encore politiques qui espèrent chaque année en tirer des bénéfices personnels.

Commençons par une devinette. Quel est le point commun entre le château de Foix, le maillot des footballeurs et rugbymen professionnels et le tramway de Strasbourg ? Vous séchez ? Hé bien tous sont, ces jours-ci, aux couleurs de l’arc-en-ciel. A l’occasion de la journée mondiale de lutte contre l’homophobie et la transphobie ce lundi, le monument ariégeois, les dossards des sportifs de Ligue 1 et du Top 14 et le tram de la capitale alsacienne arborent «fièrement», nous dit-on, l’emblème du mouvement lesbien, gay, bi et trans. Histoire d’afficher sa solidarité envers les LGBT, toujours discriminés ou victimes d’actes de haine, mais aussi de visibiliser la cause (et vice-versa).

Rien de nouveau sous le soleil. Depuis une dizaine d’années, à compter de la mi-mai, et tout juin, également baptisé «mois des fiertés» durant lequel sont organisés maintes manifestations (marches, colloques, fiestas) en hommage aux émeutes gays new-yorkaises de Stonewall, il y a cinq décennies, bâtiments publics, marques et autres logos d’institutions se couvrent désormais de rainbow flags. Des frontons des hôtels de ville à la nouvelle collection de sacs en cuir du Tanneur. Le signe que la société se veut désormais plus ouverte ? Ou l’expression grossière du pinkwashing, cette façon marketing d’apporter un soutien factice à la cause pour en retirer un bénéfice économique ou politique, à l’instar de ce qu’est le greenwashing à l’écologie ?

La visibilité dans l’espace public, y compris sur les réseaux sociaux, a évidemment du bon. On repense à la performance queer du DJ Kiddy Smile à l’Elysée il y a trois ans. Cependant, toute action, limitée au symbolique, se heurte aussi au vide qu’elle vient potentiellement combler ou masquer. Par exemple, l’absence de mesures internes prises par une ligue sportive professionnelle (suivez mon regard) pour sanctionner ou sensibiliser aux comportements homophobes dans les vestiaires ou sur le terrain. Ou encore, le double discours conscient ou inconscient d’une entreprise pro-LGBT à l’extérieur, culturellement homophobe à l’intérieur. Sans oublier les maires, présidents de région ou ministres (tournez une deuxième fois le regard), friendly le jour, peu à même de mener une politique contre les LGBTphobies la nuit (voire hostiles carrément). «Paroles, paroles et paroles» ?

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