la mairie de Marseille s’attaque aux serial loueurs – Libération

La mairie de Marseille s’apprête à sonner la fin de la récré pour les propriétaires de résidences secondaires adeptes de la location en meublé touristique. Pour Patrick Amico, le nouvel adjoint (Printemps marseillais) à la mairie de Marseille en charge de la politique du logement et de la lutte contre l’habitat indigne, il y avait urgence, la deuxième ville de France ayant «probablement la politique la plus permissive de France».

Et pour cause, les possesseurs de biens immobiliers peuvent louer leur résidence principale sur les plateformes de meublés touristiques, ainsi que deux, trois, quatre voire cinq de leurs résidences secondaires à la fois, «pour un même propriétaire sans compensation [c’est-à-dire, sans compenser cette transformation par la création d’un logement familial, ndlr] dans le même secteur et sur la même surface et pour une durée de six ans, renouvelable». Bien loin de l’image, vantée par les plateformes, du particulier qui loue sa résidence principale ou sa résidence secondaire pour arrondir ses fins de mois. Un business qui est donc juteux dans cette ville en bordure de Méditerranée de plus en plus touristique.

Un terme au laisser-faire

Selon le site Airbnb, 9 000 logements seraient ainsi loués pour de courtes durées à Marseille. «On a eu à peu près 550 demandes d’enregistrement en 2019, entre 335 et 340 en 2020. On part sur les mêmes chiffres en 2021, nous explique l’adjoint à la mairie. Et globalement, ce qu’on sait des enregistrements qui ont abouti, c’est que sur quatre ans, il y en a eu 2 000, dont 80% de résidences secondaires. Des chiffres qui montrent qu’on est dans un marché qui se développe à toute vitesse. Nonobstant tous ceux qu’on ne connaît pas parce qu’ils n’ont pas bénéficié d’autorisation de changement d’usage, que ce soit sur la résidence principale ou parce qu’ils louent sans se faire enregistrer, ce qui est aussi possible.»

La mairie soumettra donc vendredi en conseil municipal une délibération pour limiter le développement tous azimuts des meublés de tourisme, une initiative qu’elle espère également soutenue par le conseil métropolitain. Car la nouvelle majorité, élue l’an dernier, veut désormais mettre un terme au laisser-faire qui perdure depuis des années, en renforçant sa réglementation. «Ce qu’on dit aujourd’hui, c’est simple. Une résidence secondaire en plus de la résidence principale, et pas plus», résume Patrick Amico.

Elle demande donc, entre autres, dans la délibération, qu’un propriétaire dépose en mairie une demande de changement d’usage dès la première résidence secondaire transformée en location saisonnière. Elle veut également qu’à partir de la deuxième résidence secondaire transformée en meublé de tourisme, une compensation soit mise en place et que la durée de l’autorisation pour les particuliers de louer leurs biens passe de 6 à 4 ans, non renouvelable automatiquement.

12 000 euros le mètre carré

«Il faut qu’on ait une réglementation qui s’applique le plus rapidement possible, ajoute Patrick Amico. Car Marseille est une ville qui manque cruellement de logements aujourd’hui.» Dans le même temps, l’élu évoque une autre problématique : le marché immobilier devenu délirant dans certains quartiers très touchés par la location de meublés de tourisme, dans le 7e arrondissement – Malmousque, Endoume et le vallon des Auffes, en première ligne. «On a eu des retours de petits logements de 20 et quelques mètres carrés près de la corniche Kennedy, qui se sont vendus à 12 000 euros du mètre carré, alors que le prix du marché est plutôt autour de 4 000 à 5 000 euros à cet endroit-là», s’alarme l’élu. Pour rappel, à Paris, qui a battu durant des années des records de hausse des prix, le mètre carré se situe aujourd’hui un peu au-dessus de 10 000 euros, selon les arrondissements. Une pression sur le logement à Marseille observée aussi par les professionnels du secteur. «Les banquiers nous disent qu’ils sont assaillis de demandes d’investisseurs locaux et non locaux, qui cherchent à emprunter à toute vitesse pour faire du meublé de loisirs», rapporte l’élu. D’autant plus que, selon lui, la transformation en meublés de tourisme permettrait «à des propriétaires peu scrupuleux de contourner complètement les réglementations sur la décence ou la sécurité des logements. Et notamment dans le secteur du centre-ville, ce qui leur permet d’éviter le permis de louer».

Les difficultés liées à l’explosion des locations saisonnières ont pris une nouvelle dimension, l’été dernier. Après des mois de confinement, les touristes sont venus en nombre à Marseille. Mais pour l’adjoint à la mairie, cet attrait pour la ville s’est également accompagné d’incivilités, qui n’ont pas disparu avec la fin de la saison estivale. «Ces problèmes remontent tous les débuts de semaine, parce que dans certaines copropriétés situées dans les petits sites pittoresques du bord de mer, des gens louent le week-end et font la fête.» Si la ville ne veut pas laisser la situation s’enliser, c’est déjà trop tard pour les prochaines vacances d’été: les règles posées par la délibération soumise au vote ce vendredi n’entreront en vigueur qu’à partir d’octobre.

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