A Chicago, la maire organise une interview en non-mixité pour défendre la mixité – Libération

C’est par une lettre que les journalistes qui ont l’habitude de couvrir les allées et venues de Lori Lightfoot ont appris la nouvelle. A l’occasion d’une interview pour célébrer ses deux années à la mairie de Chicago, la démocrate de 58 ans, ancienne avocate, a voulu «rompre avec le statu quo» : les journalistes accrédités et autorisés à l’interviewer devront appartenir aux minorités.

«Depuis le premier jour de ma campagne, en 2018, j’ai été frappée par la proportion ultra-dominante de personnes blanches et d’hommes au sein des médias de Chicago, des responsables éditoriaux, des journalistes politiques et de ceux qui couvrent la mairie en particulier», a écrit l’édile dans une série de tweets publiée mercredi, ainsi que dans la missive adressée aux journalistes locaux.

«C’est une honte qu’en 2021 les journalistes accrédités à la mairie soient très majoritairement blancs dans une ville où plus de la moitié des habitants sont noirs, hispaniques, d’origine asiatique ou amérindienne, a-t-elle tweeté. C’est un déséquilibre qui doit changer. Chicago est une ville de classe mondiale. Nos médias locaux doivent refléter les multiples cultures qui les composent.»

I ran to break up the status quo that was failing so many. That isn’t just in City Hall.

It’s a shame that in 2021, the City Hall press corps is overwhelmingly White in a city where more than half of the city identifies as Black, Latino, AAPI or Native American.

— Mayor Lori Lightfoot (@chicagosmayor) May 19, 2021

Lori Lightfoot a été élue maire de la troisième ville la plus peuplée du pays avec 74% des voix face à Toni Preckwinkle, autre démocrate afro-américaine. Elle est également devenue la première personne ouvertement homosexuelle à diriger cette ville des Etats-Unis. Depuis 1837, la municipalité de Chicago n’a été dirigée qu’une fois par un Noir et une fois par une femme blanche, et est devenue, avec l’élection de Lori Lightfoot, la plus grande ville du pays à porter à sa tête une femme noire.

L’annonce a suscité de vifs débats. La lettre de la maire a été reprise par plusieurs médias américains, et notamment CNN. L’association nationale des journalistes noirs a salué «la sensibilité» de Lori Lightfoot «au manque de diversité parmi celles et ceux qui couvrent les collectivités locales», mais indiqué qu’elle ne pouvait «pas soutenir cette tactique», «du fait de notre engagement en faveur de la diversité en général, de l’égalité et de l’inclusion».

Interrogé par le Chicago Tribune, Charles Whitaker, doyen de la Medill School of Journalism à la Northwestern University, s’est montré assez critique sur la mesure : «Je ne sais pas si c’est la meilleure façon de faire. […] Nous n’accepterions jamais, jamais, même dans un million d’années, qu’un politicien blanc fasse la même chose. Et il serait donc dangereux de permettre cela à un politicien noir, simplement pour relever un point important concernant les inégalités historiques dans les médias.»

«Les politiciens ne choisissent pas qui les couvre»

Journaliste couvrant la mairie pour le Chicago Tribune et d’origine hispanique, Gregory Pratt faisait partie des reporters retenus par Lori Lightfoot. Mais il a annoncé qu’il avait conditionné la tenue de cet entretien à la levée des critères imposés par la maire. Le cabinet de Lori Lightfoot ayant refusé, le journaliste a décliné l’interview. «Les politiciens ne choisissent pas qui les couvre», a-t-il tweeté.

I am a Latino reporter @chicagotribune whose interview request was granted for today. However, I asked the mayor’s office to lift its condition on others and when they said no, we respectfully canceled. Politicians don’t get to choose who covers them. https://t.co/YMW8M8ZgJm

— Gregory Pratt (@royalpratt) May 19, 2021

Le sujet des inégalités raciales était au cœur de la campagne de Lori Lightfoot, qui a repris les rênes d’une ville dont la population est à peu près répartie équitablement entre Noirs, Latinos et Blancs. Mais Chicago est confrontée à d’autres nombreuses problématiques : écoles publiques en déshérence, confiance rompue entre les communautés et la police, violences endémiques. Plus de 550 meurtres ont été comptabilisés en 2018. Chiffres supérieurs à ceux enregistrés à New York et Los Angeles, pourtant plus peuplées.

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