« La vie est un combat, mais elle n’est pas une guerre contre les autres »

Nous sommes dans une peine infinie, aujourd’hui.

Mais nous pensons aux autres, qui restent en vie et prolongent l’existence de notre sœur.

Nous pensons à tous les enfants dont la vie est précieuse.

Alors nous nous devons de faire l’effort d’être dans une démarche de prévention : il ne faut plus qu’il y ait d’autres familles endeuillées.

Nous ne sommes pas dans un monde idéal où il suffit d’appuyer sur un bouton pour que ça cesse, nous le savons bien. Il faut donc agir, à tous les niveaux. Dans les familles, dans les collèges, c’est aux éducateurs, aux enseignants, aux parents, d’être ouverts, attentifs, de tout mettre en œuvre pour que les enfants confient ce dont ils souffrent, les moqueries dont ils sont la cible, et qui peuvent trop souvent conduire à des drames irréparables.

Marjorie, 17 ans, morte pour une embrouille sur Snapchat

Marjorie, ça s’est terminé de cette manière, dramatique, profondément injuste. En quelques secondes et pour rien, toute sa vie a basculé. La vie est fragile, elle ne tient qu’à un fil. D’autres, pour des fausses raisons, se suicident aussi, ailleurs.

Pour rien.

Pour de vulgaires mots, de grossiers échanges lâchés sur les réseaux sociaux.

Tout acte a des conséquences, nous devons l’apprendre à tous nos enfants.

Rien n’est fait sans impact, les mots, les actes, façonnent ce que nous sommes, dans le bien comme dans le mal, il faut toujours y penser. C’est notre devoir.

Nous devons être vigilants, éduquer nos enfants, tous ensemble, nous impliquer, les parents, les profs. L’Etat tout entier a aussi son rôle à jouer. L’éducation ne s’arrête pas aux portes de la maison, elle est partout où il y a des adultes, dans tous les cadres. A l’école aussi où nos enfants passent huit heures de leur journée.

L’adolescent, l’enfant qui grandit est un être complexe, un homme ou une femme en devenir, qui n’a pas d’expérience, qui ne connait pas encore ses buts, il veut sa liberté en même temps qu’il n’en est pas tout à fait à la hauteur, il faut donc nous donner les moyens de gérer ces difficultés. Il faut que tous les maillons de la chaîne adulte soient mobilisés pour pouvoir agir si c’est nécessaire.

Les familles ont aussi leur rôle à jouer, c’est vrai. Nos enfants doivent toujours avoir quelqu’un à l’intérieur de la cellule familiale qui accueille leur parole. Nous devons leur apprendre que les mots, la parole, sont la seule issue possible, en cas de conflits, en cas de problème.

C’est difficile de s’en sortir, c’est compliqué de faire avec la réalité qui est la nôtre.

La vie est un combat, mais elle n’est pas une guerre contre les autres.

Nous devons leur apprendre ça.

Nous vivons dans les quartiers populaires, beaucoup d’entre nous sont tendus à cause des conditions sociales qui sont les nôtres, les temps ne sont pas faciles pour tout le monde, ça dépend beaucoup de l’endroit où nous sommes, où nous vivons, où nous grandissons. Nous en sommes plus que conscients.

Nous avons la responsabilité, nous adultes, de faire de nos enfants des jeunes qui rêvent, et pas des jeunes qui n’arrivent plus à se lever le matin, et qui plongent dans l’obscurité.

Tout est possible, pour tout le monde. Il faut y croire. Nous devons y croire pour nos enfants.

Marjorie avait, à son âge, des projets de grande, la belle et digne idée de s’occuper des autres, elle était tournée vers le monde, soucieuse de créer des liens entre tous. C’était une jeune fille qui avait une grande maturité, et qui croyait en l’échange.

Aujourd’hui, nous sommes tous là, notre famille endeuillée.

Nous sommes dévastés.

Mais nous utilisons ce qu’il nous reste de forces pour vous dire, à toutes et à tous, que nous voulons la paix, nous vous demandons de ne jamais céder à la vengeance.

Nous savons que cet état d’esprit aurait été celui de Marjorie, qui était une mère pour ses neveux et nièces, une jeune fille tournée vers les autres, vers les plus petits, toujours dévouée et soucieuse de transmettre.

Nous vous demandons d’honorer sa mémoire dignement, comme elle l’aurait souhaité.

Ce que nous voulons, c’est la justice, pas la haine. Nous voulons la justice, et nous irons jusqu’au bout pour l’obtenir.

Nous sommes meurtris, nous pourrions plonger dans la colère.

Mais nous savons que cet adolescent qui a tué Marjorie porte déjà, et pour toujours, sa pénitence. Il paiera en regrets, et à vie.

Nous ne ressentirons jamais rien d’autre pour lui que de la pitié.

Notre énergie, nous la réservons à l’amour que nous continuerons de porter à notre sœur, Marjorie. Pour toujours.

Nous regardons l’avenir, sans elle, mais en espérant que chacun des enfants qui suivent porteront un peu de son projet, celui d’unir, de rassembler, de construire, et de vivre. Nous sommes croyants, nous croyons que l’espoir l’emporte sur tout.

Nous pensons aujourd’hui à toutes les autres familles, celle de la jeune Alisha tuée à Argenteuil il y a plusieurs semaines, un autre à Champigny il y a quelques jours encore, ces familles qui vivent le même enfer que nous…

A ces familles, nous voulons dire : unissons nos peines, nos larmes, nos forces, pour les transformer en énergies. Non, nous ne sommes pas seuls, nous ne serons jamais seuls, nous sommes ensemble, et nous devons tout faire pour que ce genre de drame ne se reproduise pas. Mobilisons-nous. C’est la seule manière pour nous aujourd’hui d’honorer la mémoire de notre sœur tant aimée.

L’Obs

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