Une part de Nièvre dans l’hypercar Delage D12, assemblée à Magny-Cours

Imaginez-vous sur une route ou une autoroute et d’un seul coup, vous avez devant vous, derrière ou en face une Formule 1. Ce ne sera pas une hallucination mais une Delage bien réelle, la D12. Derrière ce bolide, un homme passionné de voitures, Laurent Tapie, qui a associé plusieurs entreprises nivernaises à la réalisation de cette hypercar.

Delage est une marque automobile française mythique, fondée en 1905 par Louis Delage à Levallois-Perret, rachetée par Delahaye en 1935 et disparue en 1953. Actuellement propriété de l’association les Amis de Delage, fondée en 1956, Laurent Tapie la relance cette  hypercar.

Quand et comment est né ce projet ?
J’ai 46 ans et j’ai toujours été un fou de voitures. J’ai eu beaucoup de sportives mais je n’aurais jamais pensé en construire une un jour. En 2017, j’ai lu un article sur la vente de voitures exceptionnelles, à savoir des Bugatti, des Pagani et des Kœnigsegg. Je me suis alors dit qu’il y avait une place sur ce marché et j’ai eu l’idée de la création d’une hypercar, proche de la Formule 1. En avançant dans ma réflexion, j’ai pensé à la marque française Delage, la plus belle de notre pays avec Bugatti.

Avez-vous repris la marque ?
Non. Elle est propriété de l’association les Amis de Delage qui avait reçu plusieurs propositions de rachat. Mais j’avais déjà en tête le projet de la D12. J’ai aujourd’hui un accord exclusif de la marque, pour sept ans, avec option d’achat. Option que j’appliquerai sans doute dans ce laps de temps.

Vous vous êtes lancé seul dans ce projet ?
Au début, oui. Aujourd’hui, j’ai treize actionnaires, essentiellement français, comme François Pinault, Xavier Niel et Georges Cohen. C’est un actionnariat de très grande qualité.

Pourquoi avoir opté pour cette hypercar ?
Je suis passionné de Formule 1. Il fallait également un positionnement différent des autres constructeurs de ce type de voiture hors normes pour avoir des chances de la vendre. L’objectif est une voiture qui réalisera le tour de circuit le plus rapide au monde avec ce type de véhicule homologué pour la route. Il y a une niche pour les hypercars à plusieurs millions d’euros et une niche dans la niche pour celles et ceux qui les conduisent.Un design agressif. . © TED7

Elle a une part importante de Nièvre dans sa réalisation.
Elle est, pour l’heure, réalisée à Magny-Cours ou il y a un technopôle très performant avec des savoirs faire reconnus et des installations comme la piste. Côté entreprises, Exagon s’occupe de la motorisation électrique, Danielson Engineering travaille sur la structure dont le berceau arrière en aluminium, Oréca se charge de la motorisation thermique, ACE des tests en soufflerie. S’y ajoute, à Nevers, Aisan Industry France pour les éléments d’alimentation essence. Il nous faudra au moins deux ans pour intégrer l’usine historique de Delage à Courbevoie, dans les Hauts-de-Seine.

Vous vous êtes également attaché les services de pilotes.
Effectivement. Il y a le canadien Jacques Villeneuve, champion du monde de Formule 1 en 1997 et l’italien Mauro Bianchi, ancien pilote et ingénieur. Ils sont chargés des réglages. Ce que je veux entendre au final c’est : ça y est, je conduis une Formule 1.Deux générations vous contemplent. © TED7

Combien d’exemplaires et à quel prix pour cette D12 ?
Trente exemplaires qui sont vendus à 2 millions d’euros hors taxes. J’ai déjà quelques ventes signées par des acheteurs en France et aux États-Unis.

Toutes auront la même motorisation ?
Non. Il y a des modèles qui affichent 990 CV en thermique plus 110 CV en électrique pour un poids total de 1 tonne 390 et d’autres avec 20 CV en électrique seulement, ce qui réduit le poids des batteries pour arriver à 1 tonne 300.

Les cinq entreprises nivernaises qui collaborent à la D12 témoignent

ACE. Implanté sur le technopôle de Nevers-Magny-Cours, Aéro Concept Engineering apporte ses compétences pour le travail en soufflerie. « C’est d’autant plus intéressant que l’on peut faire des propositions. Et il s’agit d’une voiture de course posée sur la route », souligne le patron Alexis Lapouille. « De plus, c’est une Delage et je suis passionné des marques anciennes ». Ce qui lui plaît également est de travailler avec d’autres entreprises du site sur un même projet.

Oréca. « D’un point de vue technique, c’est un sujet très intéressant », souligne Serge Meyer, à la tête de cette entreprise du technopôle. « Ça nous sort de notre cadre habituel. C’est valorisant et c’est une reconnaissance de nos compétences. Et puis, ça me permet de retrouver benoît Bagur avec lequel j’ai commencé à travailler en 1998. »

Aisan Industry France. « C’est très gratifiant de travailler sur un tel projet », commente Nicolas Berhault, directeur du site. « C’est une satisfaction de voir nos compétences retenues pour une telle voiture. C’est l’ensemble le plus complexe que l’on ait eu à développer. Un challenge « technique et technologique pour nos techniciens et ingénieurs. »Magnifique poste de conduite. © TED7

Exagon. « C’est un sujet prestigieux et c’est une chance de travailler sur un tel véhicule », commente Luc Marchetti, P-dg de l’entreprise. « C’est une voiture française hors du commun, une voiture d’exception, donc un challenge particulier. C’est de la haute couture, française et faite à Magny-Cours. »

Danielson Engineering. « Les hypercars sont des voitures qui font rêver et travailler dessus nous plaît. De plus, c’est un beau projet qui fédère des entreprises locales. Nous, nous travaillons sur le berceau arrière en aluminium pour le dessin et les calculs de structure. »

Benoît Bagur, directeur technique et Jacques Villeneuve, pilote

Benoît Bagur qui a collaboré au développement de la Furtive, gt électrique d’Exagon engineering, à Magny-Cours où Il a également été directeur du site Ligier, assure la direction technique de la D12. « Prendre un projet à partir d’une feuille quasiment blanche qui n’avait que la philosophie de la voiture a toujours été mon truc. Et c’est un plaisir supplémentaire que ce soit une voiture axée sur la performance. C’est un défi technique et technologique ». Il poursuit : « J’ai toujours considéré Magny-Cours comme le berceau du sport automobile en France et c’est enthousiasmant de faire naître ce projet ici avec des entreprises du site. »Dans cette pemière version, les deux sièges sont l’un derrière l’autre. . © TED7

Champion du monde de F1 en 1997, le canadien Jacques Villeneuve apporte son expertise de pilote à la D12. « Lorsque Laurent Tapie m’a présenté le projet, déjà très avancé, je l’ai trouvé très intéressant. C’est de la haute joaillerie ». Pour l’heure, tant que la voiture n’est pas en mode de rouler plusieurs tours, il apporte des idées et donne son opinion.

Mais il ajoute : « pour que la D12 soit une réussite, il faut, compte tenu des nouvelles réglementations, qu’elle puisse rouler aux 24 heures du Mans. Et mon but et de pouvoir en prendre le volant à cette occasion ». Quant à la participation des entreprises locales, il souligne : « c’est très bien pour ce site que je connais bien avec Feed Racing et durant ma carrière en F1, c’était le circuit du Grand Prix de France. C’est une bonne chose de faire appel à ses entreprises. »

Denis Chaumereuil

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