Le président et le Premier ministre de transition arrêtés par les militaires

Le président malien de transition Bah Ndaw, lors d’une rencontre avec Emmanuel Macron à l’Elysée le 27 janvier 2021 (illustration). — AFP

Le Mali est une nouvelle fois plongé dans une grave crise politique. Auteurs d’un coup d’Etat en août 2020, les militaires ont à nouveau montré les muscles lundi. Mécontents du gouvernement annoncé par les autorités de transition, ils ont arrêté le président et le Premier ministre.

Une grande partie de la communauté internationale a condamné « fermement la tentative de coup de force » et, dans un communiqué, « exige la libération immédiate et inconditionnelle » du président Bah Ndaw et du Premier ministre Moctar Ouane, conduits avec certains collaborateurs sous la contrainte par des soldats au camp militaire de Kati, à quelques kilomètres de Bamako. C’est déjà là que le président élu Ibrahim Boubacar Keïta avait été conduit de force le 18 août 2020 par des colonels
putschistes pour annoncer sa démission. Ce sont semble-t-il les mêmes colonels qui sont à la manœuvre neuf mois plus tard.

Le bref coup de fil du Premier ministre

Le Premier ministre avait indiqué plus tôt avoir été emmené par les militaires. « Des hommes de Goïta sont venus me chercher pour me conduire chez le président », a confirmé Moctar Ouane dans un bref échange téléphonique avec l’AFP, en faisant référence à l’homme fort malien, le colonel Assimi Goïta, actuel vice-président de la transition. Les deux chefs de l’exécutif de transition ont ensuite été escortés à Kati, où un haut responsable militaire a corroboré leur présence.

Ces évènements sont survenus quelques heures seulement après l’annonce d’un nouveau gouvernement, que dominent toujours les militaires, mais dont ont été écartés des officiers proches de la junte. Après le coup d’Etat de 2020, les colonels avaient installé des autorités de transition, dont Bah Ndaw, un militaire retraité, et Moctar Ouane, un civil. Ils s’étaient engagés, de mauvais gré et sous la pression de la communauté internationale, à rendre le pouvoir à des civils élus au bout de 18 mois.

Bras de fer avec la junte pour les postes ministériels

Confronté à une contestation politique et sociale grandissante, le Premier ministre a présenté il y a dix jours la démission de son gouvernement et a été reconduit immédiatement dans ses fonctions. Dans le gouvernement annoncé par la présidence de transition, des militaires détiennent toujours les ministères de la Défense, de la Sécurité, de l’Administration territoriale et de la Réconciliation nationale. Mais, parmi les changements annoncés à la radio-télévision publique, deux membres de l’ancienne junte quittent leurs portefeuilles respectifs de la Défense et de la Sécurité.

Ils ont été remplacés par deux généraux mais qui ne sont pas des figures emblématiques de la junte. « Par ce remaniement, le président de transition et son Premier ministre ont voulu lancer un message ferme : le respect du délai de la transition reste la priorité », avait alors expliqué une source proche de la présidence. Les militaires ne semblent donc pas avoir apprécié le message.

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