Pour un filet de sécurité financière plus efficace pour les pays pauvres

Les pays à faible revenu font difficilement face à une crise systémique d’une ampleur inédite.

La crise de la Covid-19 met en exergue les vulnérabilités des PFR à des chocs mondiaux, pour l’essentiel liées à leur faible niveau de développement. Les risques sanitaires demeurent significatifs, alors que les campagnes vaccinales sont à peine lancées et demeurent sous-financées. Les risques de diffusion lente ou fractionnée et de résurgence locales apparaissent plus élevés que dans les pays avancés, en raison des insuffisances des systèmes sanitaires. Ils s’ajoutent, avec de possibles effets épidémiques croisés, à un fardeau épidémique lourd, notamment pour les populations les plus vulnérables.

Les conséquences socio-économiques de long terme apparaissent particulièrement graves dans les pays en développement, en particulier en Afrique subsaharienne (ASS). Bien que la récession économique ait été globalement moins forte dans les pays à faible revenu, la crise occasionne des retards de croissance compliquant l‘atteinte des objectifs de développement durables. Selon les prévisions d’avril 2021 du FMI, le PIB par tête reculerait de 1,6 % en ASS sur 2020-21, alors qu’il progresserait dans le reste du monde (Cf. graphique 1). Cette divergence s’explique en partie par de faibles marges de manœuvre budgétaires (50% des PFR sont en risque élevé de surendettement) et monétaires, du fait de la contrainte extérieure. Outre une augmentation immédiate de la pauvreté, des effets à plus long terme sur le développement humain sont prévisibles du fait de la progression de la malnutrition, d’une dégradation de l’accès aux systèmes sanitaires, des pertes d’apprentissage liées aux fermetures d’école, entraînant un creusement des pièges à pauvreté.

Les risques de cicatrices à long terme des PFR militent pour un renforcement rapide du filet de sécurité financière mis en place par le FMI. Son objectif est de répondre à la forte croissance de leurs besoins financiers (450 milliards de dollars d’ici 2025 selon le FMI), engendrés par une crise inédite par son ampleur et son caractère systémique. Il peut aussi, à plus long terme contribuer à réduire la vulnérabilité des PFR engendrée par le changement climatique, dont l’amplification attendue des risques épidémiques ne constitue qu’une des dimensions.

Un filet de sécurité financière des PFR renforcé mais encore insuffisant

 Un filet de sécurité financière centré sur les PFR s’est construit autour du FMI à la faveur des crises de 1997 et 2009. En 1999, la Facilité ajustement structurel renforcée (FASR) du FMI a été remplacée par la Facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance (FRPC),  à un taux subventionné (actuellement égal à 0%). Contrairement à la FASR, dont la conditionnalité s’appuyait avant tout sur les objectifs de stabilisation et d’ajustement structurel, la FRPC est aussi adossée à des objectifs de développement économique et social et des stratégies de réduction de la pauvreté coordonnées avec les banques multilatérales de développement. Ces programmes ont également été associés à d’importantes restructurations de dettes dans le cadre de l’initiative pour les pays pauvres très endettés. Financé par des contributions volontaires, en prêts et dons des États membres, le fonds FRPC a été significativement renforcé depuis 2009, financièrement,  notamment grâce à la réallocation de DTS de pays riches dont la France, et opérationnellement grâce à  une réforme de ses facilités concessionnelles.

La crise de la Covid-19 a montré la nécessité d’une réforme ambitieuse, notamment d’un changement d’échelle du dispositif du FMI en faveur des PFR. Grâce notamment à l’existence d’une facilité rapide de crédit et au relèvement temporaire des plafonds d’accès, le FMI a pu répondre rapidement à la crise, touchant plus des deux tiers des pays éligibles à la FRPC, avec une multiplication par 6 de ses nouveaux engagements en 2020, dont l’encours a atteint 12,5 milliards de DTS à fin décembre (graphique 2). S’y ajoute notamment une initiative de suspension du service de la dette aux créanciers publics bilatéraux jusqu’à fin 2021 (DSSI). Cet effort a pourtant été insuffisant pour répondre aux besoins de financements externes des PFR, notamment parce que ceux-ci explosent et que les autres financements concessionnels, notamment bilatéraux, sont plus contraints.

 

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