Grenade (Esp) – Des étudiants lausannois violentés par la police locale

Publié28 mai 2021, 06:07

Filmés à leur insu, des agents en uniforme ont pris à partie et même tiré sur des jeunes la semaine passée. Les autorités de la ville contestent la bavure, mais une ONG a dénoncé l’affaire.

par

Frédéric Nejad Toulami

L’Association pour les droits de l’homme d’Andalousie a dénoncé les faits après les avoir visionnés.

MMS reporter

«L’attitude des forces de l’ordre municipales cette nuit-là ne semble ni proportionnelle ni justifiée.» Porte-parole de la section locale de l’Association pour les droits de l’homme d’Andalousie, Natalia Garcia a découvert sur Twitter les photos et vidéos d’une violente altercation nocturne entre quatre policiers municipaux de Grenade (E) et des jeunes (dont une femme) sur la Plaza de Gracia au petit matin du 20 mai.

Tirs dans le dos d’un individu

Parmi eux, des étudiants lausannois en échange Erasmus à Grenade. Dans la vidéo, on y voit d’abord des agents de police insister pour qu’un des jeunes, réticent mais pas agressif, quitte les lieux. Alors qu’il s’en va enfin, l’un des policiers, muni d’un fusil de type flash ball, lui tire dessus à trois reprises dont deux fois dans le dos.

1 / 3Blessures et dégâts.Blessures et dégâtsBlessures et dégâts

Dans la séquence suivante, plusieurs agents en uniforme parlent à trois jeunes qui portent leur masque sur leur visage, dont celui blessé par les tirs. Tout dégénère brusquement: alors qu’un des jeunes semble filmer la scène, un policier se jette sur lui pour lui saisir son smartphone. Une fois en main, l’agent le jette violemment au sol à deux reprises pour le détruire. Deux de ses collègues empêchent son ami de téléphoner en le projetant par terre puis en le menottant.

Police présente pour disperser un botellón illégal

Selon un étudiant lausannois à Grenade qui nous a contactés, ils rentraient cette nuit-là d’une soirée dans une boîte sur Plaza de Gracia. Les forces de l’ordre y étaient intervenues peu avant pour disperser un botellón non autorisé en temps de pandémie, qui réunissait des dizaines de participants. Selon les autorités locales, ils auraient subi jets de verres, de glaçons et des insultes.

Au mauvais endroit au mauvais moment? Toujours est-il que le ton est monté entre l’un d’entre eux et les agents échaudés. Après ces actes de violences, un Lausannois aurait tenté de relever le numéro d’immatriculation du fonctionnaire qui avait tiré presque à bout pourtant, en vain. Son copain a passé la nuit et le matin au poste où il n’aurait pas eu le droit de boire ni de soins pour ses plaies sur son corps. Pour être relâché, il aurait dû signer une décharge reconnaissant avoir été violent contre la police.

Mutisme des autorités de la ville

Les tentatives de «20 minutes» pour obtenir des explications de la part du maire de Grenade et de son adjoint à la sécurité sont restées vaines. Ce dernier a déclaré dans des médias locaux qu’il soutenait les agents intervenus ce soir-là contre un rassemblement illégal sous forme de botellón, et l’usage du matériel antiémeute lui «semblait proportionnel».

L’Association pour les droits de l’homme d’Andalousie prend cette affaire très au sérieux. Après avoir sollicité les autorités de la ville, elle a dénoncé «un abus des policiers» cette nuit-là auprès du Ministère public à Grenade ainsi qu’auprès du médiateur national (defensor del pueblo). Élu par des députés et des sénateurs, ce haut-commissaire des tribunaux généraux est chargé de défendre les droits fondamentaux et les libertés publiques des citoyens en supervisant l’activité des administrations publiques espagnoles. L’association espère à présent que ces deux magistrats ouvriront chacun une enquête et que le médiateur adressera des recommandations à la police municipale.

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